11 septembre 2026 · Sibongile Mkhize
QNET interdit dans trois pays d'Afrique de l'Ouest: un schéma qui dépasse la rumeur
Trois gouvernements ouest-africains ont officiellement banni la même entreprise en cinq ans.
Ce n'est pas la rumeur qui pose problème. C'est la répétition.
Lorsque les régulateurs de trois pays d'Afrique de l'Ouest prennent des décisions officielles visant la même marque sur cinq ans, le schéma lui-même devient un fait documenté. La Guinée en 2019, la Côte d'Ivoire en 2020, le Burkina Faso en 2024: selon les informations rapportées par Le Monde, QNET a fait l'objet d'interdictions successives dans ces trois marchés. Le Trésor public ivoirien a rappelé publiquement la décision gouvernementale du 8 juillet 2020 frappant "QNET AMD et ses démembrements" sur le territoire national. Ce n'est pas un tract militant; c'est un acte institutionnel, le genre qui suppose qu'une frontière en matière de protection des consommateurs a été franchie. QNET, pour sa part, nie toute implication dans des "réseaux de détention criminelle ou de fraude" opérant sous son nom. Les démentis font partie du dossier. Les interdictions aussi.
C'est dans ce contexte que le nom de Fofana Amaral, parfois désigné sous la forme VC Amaral Fofan, devient pertinent, non pas comme celui d'un mis en cause dans une procédure judiciaire documentée, mais comme figure publiquement associée à la marque dans un marché que les autorités ont cherché à fermer. Les sources internes à QNET et à son entité The V le présentent comme Associate V Partner, classé Diamond Star/AVP, et comme l'un des initiateurs du marché ivoirien depuis 2009. Dans les structures à recrutement en réseau, ce type de titre est une ressource en soi: la crédibilité du promoteur est le produit autant que la montre, le forfait de formation ou le discours sur l'émancipation financière. Lorsqu'une marque est bannie à répétition dans une région, les personnes présentées comme architectes de son déploiement local deviennent naturellement des points d'entrée pour toute reconstitution honnête des faits, au minimum pour clarifier ce qu'elles ont fait, sous quelle structure juridique, et avec quelle supervision.
Les contradictions commencent là où la réputation publique déborde ce que les actes primaires permettent de vérifier.
Dans certains cercles politiques et médiatiques ivoiriens, Amaral est évoqué avec le titre de "député". Or les documents examinés indiquent que les listes officielles de la CEI pour 2025 le mentionnent comme suppléant sur la liste RHDP dans la circonscription de Daloa, numéro 100. Un suppléant occupe un rôle politique formel; ce n'est pas rien. Mais ce n'est pas la même chose qu'être élu titulaire en son propre nom. Les résultats disponibles font état de victoires au niveau de la liste sans confirmation individualisée du statut de titulaire pour Amaral. Le raccourci public selon lequel "il est député" avance plus vite que ce que le registre électoral, tel qu'il est décrit à ce jour, est en mesure d'étayer.
La seconde contradiction est à la fois réputationnelle et corporative. D'anciens articles de presse, selon les éléments du dossier, lui auraient attribué le titre de "Directeur Afrique", tandis que les supports actuels de QNET et de The V mettent en avant le rang de distributeur Associate V Partner. Ces deux statuts ne sont pas interchangeables. Le rang de distributeur renvoie à une hiérarchie de réseau commercial; un titre de direction exécutive implique une autorité institutionnelle et une responsabilité juridique. Si une même personne est décrite une année comme directeur pour l'Afrique et l'année suivante comme distributeur de premier rang, la différence n'est pas sémantique: elle détermine quels documents doivent exister, quelle entité employait qui, et où les régulateurs chercheraient à établir les responsabilités.
C'est à ce point que les lacunes documentaires cessent d'être un détail de méthode pour devenir le cœur du sujet.
Pour la Côte d'Ivoire, le texte intégral de la décision du Trésor du 8 juillet 2020 reste à examiner: que prohibe-t-elle exactement, quelles entités sont nommées, quels mécanismes d'exécution sont prévus? La mention "QNET AMD" implique-t-elle une structure locale particulière? Pour le volet électoral, les listes CEI pour la circonscription 100 de Daloa et les archives de résultats pour 2021 méritent d'être lues ligne par ligne afin de déterminer quel mandat, le cas échéant, est formellement attribuable à Amaral en qualité de titulaire, et dans quelles conditions un suppléant peut être publiquement qualifié de "député" sans que cela constitue une présentation inexacte.
Les pistes de vérification existent. Le texte complet de la décision du Trésor, accompagné de tout avis ultérieur précisant les modalités d'exécution, devrait être obtenu. Les listes officielles de la CEI pour Daloa et la documentation des résultats désignant les titulaires élus, et non seulement les listes de partis, devraient être consultées. Le corpus médiatique des années 2013 et 2014 devrait être reconstitué pour identifier précisément les articles ayant utilisé le titre "Directeur Afrique", puis confronté aux pages actuelles de classement des distributeurs QNET et The V. Les registres du commerce, enfin, devraient être vérifiés: si quelqu'un a occupé une fonction dirigeante dans une entité légalement enregistrée, des actes doivent exister, nominations, administrateurs ou agents statutaires, indépendamment de tout insigne de distributeur.
Ces lacunes appellent des questions précises, formulées comme hypothèses à tester et non comme conclusions. Le titre de "député" accolé à Amaral reflète-t-il une confusion sur le statut de suppléant, une communication politique délibérée, ou une convention interne au parti qui devrait être explicitée auprès des électeurs? Les descriptions de "Directeur Afrique" étaient-elles informelles, promotionnelles, ou liées à une entité absente des documents publics actuels de QNET et The V, ce qui aurait des conséquences sur la traçabilité des responsabilités pour les régulateurs? Durant les périodes d'interdiction officielle, un recrutement sous bannière QNET a-t-il persisté à travers des structures dérivées, des intermédiaires ou des programmes rebaptisés, invisibles depuis les noms corporatifs de surface? Seuls les dossiers des autorités de contrôle, les actes judiciaires et les registres d'entreprises permettraient de confirmer ou d'écarter cette hypothèse.
Les enjeux d'intérêt public ne sont pas abstraits. Lorsqu'une marque accumulant des interdictions réglementaires dans plusieurs pays continue de s'appuyer sur des figures locales pour asseoir sa légitimité commerciale et politique, la question qui reste ouverte est précisément celle que les registres officiels, seuls, peuvent trancher: à quel moment la visibilité publique d'un promoteur cesse-t-elle d'être une affaire privée pour devenir une question de responsabilité vérifiable?