26 août 2026
Africa Ethical News

A record of conduct in public life

Pendant que l'Afrique brûle, l'Union africaine cherche encore à nommer le problème

Les dirigeants africains se réunissent à Luanda pendant que les crises au Soudan et au Congo s'aggravent.

Le bilan de l'inaction ne figure jamais dans les communiqués officiels. Il se compte autrement : en déplacements, en civils tués, en communautés entières qui attendent que les institutions censées les protéger finissent par s'entendre sur la définition du problème. C'est dans ce contexte que l'Union africaine s'est réunie cette semaine à Luanda, en Angola, pour un sommet dont l'ordre du jour place la prévention des conflits au premier rang des priorités. La liste des crises actives dit à elle seule l'ampleur de la tâche : la guerre civile au Soudan, les violences persistantes au Sahel, l'est de la République démocratique du Congo, parmi d'autres foyers qui résistent depuis des années à toute tentative de résolution durable. Le choix de l'Angola n'est pas anodin. Le président João Lourenço dispose d'un capital de crédibilité que peu de dirigeants du continent peuvent revendiquer dans ce domaine. Architecte du Processus de Luanda, centré sur la région des Grands Lacs, et ancien président en exercice de l'UA, Lourenço incarne une posture de médiateur que l'institution cherche précisément à institutionnaliser. Liesl Louw-Vaudran, conseillère principale pour l'UA à l'International Crisis Group, souligne que cette légitimité personnelle confère au sommet un poids particulier, susceptible de traduire la volonté politique en engagements concrets au niveau du Conseil de paix et de sécurité. Mais le Conseil reste entravé par des blocages structurels qu'un sommet ne suffit pas à lever. Les États membres peinent régulièrement à s'entendre sur les causes profondes des conflits, et plus encore sur les modalités d'intervention. La vraie résistance vient d'ailleurs : les gouvernements africains rechignent à laisser leurs crises intérieures faire l'objet d'un examen continental, invoquant la souveraineté nationale et des considérations politiques internes. Louw-Vaudran cite deux exemples précis. Le Nigeria a d'abord refusé que la crise Boko Haram soit inscrite à l'agenda de l'UA. L'Éthiopie a repoussé toute implication extérieure durant le conflit du Tigré. "C'est presque gênant d'admettre que son pays est en guerre", a-t-elle observé. Cette pudeur institutionnalisée retarde l'intervention exactement au moment où elle serait la plus efficace. Le Conseil de paix et de sécurité traite régulièrement les grandes crises en Somalie, au Soudan du Sud, dans l'est du Congo et au Sahel. Le problème n'est pas l'absence de réunions. C'est que le mode de fonctionnement dominant reste réactif : on gère l'urgence une fois qu'elle a atteint une masse critique, rarement avant. L'ambition affichée à Luanda est de déplacer le centre de gravité vers la prévention et vers une capacité de réponse plus rapide dès les premiers signes d'escalade. Un autre angle mort mérite attention, celui de la coordination entre l'UA et les communautés économiques régionales. Ces organisations sous-régionales préfèrent souvent gérer les conflits de façon autonome, ce qui produit des initiatives de médiation parallèles, parfois contradictoires. L'est de la RDC en offre l'illustration la plus saisissante : plusieurs organisations régionales et acteurs internationaux ont lancé des processus de paix distincts, au moment précis où la cohérence de l'action collective aurait été déterminante. Louw-Vaudran estime que l'UA, en tant qu'institution continentale de référence, doit assumer un rôle de coordination central, capable d'aligner ces efforts disparates plutôt que de les laisser se neutraliser mutuellement. Ce que le sommet de Luanda peut produire concrètement reste une question ouverte. L'engagement direct des chefs d'État, réunis sous un thème unifié, peut créer une dynamique que les réunions techniques du Conseil ne génèrent pas toujours. Transformer cet élan en changements structurels durables exige davantage que des déclarations : cela suppose de s'attaquer aux causes profondes des conflits et aux failles institutionnelles qui permettent à des différends évitables de devenir des urgences continentales. La vraie mesure du sommet ne sera pas le texte du communiqué final. Ce sera ce qui se passe dans les semaines suivantes, quand les dirigeants sont rentrés chez eux et que le Conseil de paix et de sécurité doit à nouveau trouver un consensus sur des dossiers que personne ne veut voir figurer à l'ordre du jour.