21 août 2026
Africa Ethical News

A record of conduct in public life

Afrique du Sud : les mêmes promesses électorales, les mêmes crises qui s'aggravent

Les programmes électoraux répètent les mêmes engagements depuis trente ans, pendant que le chômage et la criminalité s'aggravent.

Chronique d'une promesse reconduite Un test simple existe pour évaluer la santé politique d'un pays : relire les manifestes électoraux d'il y a vingt ans, puis regarder ceux d'aujourd'hui. En Afrique du Sud, l'exercice est saisissant. Les mots changent peu. Les crises, elles, s'approfondissent. À l'approche d'un nouveau cycle électoral, les partis sud-africains déploient à nouveau leurs programmes, leurs rhétoriques et leurs promesses. La livraison de services, le chômage, la criminalité, la corruption : les thèmes sont connus, les débats intenses, la mobilisation réelle. Ce que l'on examine moins souvent, c'est ce qui se passe entre les élections, dans les salles sans micros, là où les institutions sont censées fonctionner. C'est précisément là que quelque chose manque, et ce manque a un nom : le déficit de statecraft, cet art discret et ingrat de construire et d'entretenir un État capable. Une analyse publiée sur mg.co.za, à l'adresse https://mg.co.za/thought-leader/2026-08-20-our-country-s-vital-statecraft-is-missing/, pose le diagnostic avec clarté. La classe politique sud-africaine excelle à mobiliser, à articuler des griefs historiques, à cultiver une identité collective. Ce qu'elle néglige, collectivement et de manière persistante, c'est le travail moins visible mais indispensable de gouvernance institutionnelle. Gagner une élection n'est pas la même chose que faire fonctionner un État. L'État moderne n'est pas simplement un gouvernement qui occupe des bureaux. C'est un ensemble complexe d'institutions, de règles administratives, de bureaucraties professionnelles, de systèmes financiers et de mécanismes de reddition de comptes. Sa solidité repose sur la continuité, la compétence et la capacité des dirigeants successifs à préserver ce qui a été construit, parfois à grand-peine, par leurs prédécesseurs. Croissance économique, sécurité publique, infrastructure, État de droit : tout cela repose sur ces fondations. Pourtant, une idée tenace circule dans de nombreux cercles politiques, selon laquelle la gouvernance s'improvise, que la politique pratique n'a pas de véritables barrières à l'entrée. L'histoire sud-africaine éclaire en partie ce paradoxe. Les grands mouvements politiques du pays sont nés dans la résistance, la libération, la quête d'inclusion. Leur contribution à l'avènement de la démocratie est à la fois nécessaire et historique. Mais les compétences requises pour défier un ordre injuste ne sont pas automatiquement celles qui permettent de gouverner un État moderne. La politique de libération identifie l'injustice, mobilise, transforme. Le statecraft, lui, exige de la discipline administrative, une planification stratégique, un sens de la continuité institutionnelle, et la volonté de protéger des institutions publiques même quand cela ne rapporte aucun dividende politique immédiat. Ce glissement, de la dynamique de résistance à la logique de gouvernance, n'est ni automatique ni garanti. Ce que l'on observe dans de nombreux partis émergents, comme dans des formations déjà établies, c'est une orientation première vers l'occupation de fonctions publiques, au niveau municipal ou national, plutôt que vers la construction durable de l'État. Une fois le poste obtenu, le maintien d'un certain confort matériel tend à prendre le pas sur le renforcement institutionnel. C'est un comportement que l'on retrouve, selon cette même analyse, dans un spectre très large : ANC, EFF, uMkhonto weSizwe Party, DA, SACP, PAC, IFP, United Democratic Movement, Build One South Africa, RISE Mzansi. Les étiquettes idéologiques diffèrent. La faiblesse structurelle, elle, est partagée. Le paradoxe est frappant parce qu'il est visible. Les élites politiques qui négligent les institutions bénéficient elles-mêmes, quotidiennement, des institutions de l'État moderne : universités, tribunaux, agences de régulation, systèmes de finances publiques, gouvernance constitutionnelle. Or ces structures ne sont ni permanentes ni auto-entretenues. Elles survivent parce que des générations successives les maintiennent, les financent, les protègent. Quand le déploiement politique supplante la compétence, quand la loyauté factionnelle prime sur l'intérêt public, quand la capacité administrative est sacrifiée à des calculs à court terme, les fondations s'érodent en silence. Pas sous l'effet de chocs externes, mais par usure interne. Le problème de l'Afrique du Sud n'est pas d'abord un problème de conception de politiques publiques, ni même de choix de dirigeants. Le défi plus profond est culturel : il s'agit de construire une culture politique qui valorise la construction de l'État, qui considère la compétence institutionnelle comme complémentaire de la légitimité démocratique plutôt que subordonnée à elle, et qui reconnaît que des institutions qui fonctionnent ne sont pas des obstacles à la transformation, mais ses conditions préalables. Entre-temps, les citoyens ordinaires vivent avec les résultats concrets de cette lacune (la qualité de l'eau courante, le temps d'attente dans un hôpital public, la fiabilité du réseau électrique). Chaque cycle électoral qui passe sans que cette question soit véritablement posée reporte simplement le moment où elle deviendra inévitable. La vraie question n'est pas de savoir si ce moment viendra, mais quel parti, à ce stade, sera prêt à y répondre.