22 août 2026 · Sibongile Mkhize
Afrique du Sud : ce que le nouveau pacte État-entreprises dit sans le dire
Lancé en août 2026, le pacte sud-africain vise un million d'emplois et 3 % de croissance annuelle d'ici 2030.
Une manière de lire les partenariats public-privé ne figure dans aucun communiqué officiel : on regarde ce que les deux parties acceptent de mettre par écrit, et on en déduit ce qu'elles n'osent pas encore dire à voix haute.
Le 20 août 2026, l'Afrique du Sud a lancé la troisième phase de son Government Business Partnership for Growth and Jobs, un cadre de coopération entre l'État et le secteur privé instauré en 2023. L'objectif affiché est précis : une croissance annuelle du PIB supérieure à 3 % et un million d'emplois nets créés d'ici 2030. Ce ne sont pas des ambitions de circonstance. Ce sont des seuils quantifiés, assortis de mécanismes de redevabilité, dans un pays qui a longtemps su produire des plans sans produire de résultats.
La structure du Partenariat repose sur trois ensembles de priorités. Le premier maintient l'énergie, le transport et la logistique au cœur du dispositif. Le raisonnement est élémentaire : tant que ces secteurs dysfonctionnent, le coût de faire des affaires reste élevé, la prime de risque sur l'investissement privé reste gonflée, et chaque secteur en aval subit le contrecoup. Réduire cette friction, c'est améliorer les conditions de base de tout le reste.
Le deuxième ensemble introduit quatre nouveaux moteurs de croissance : les mines, le tourisme, les infrastructures, et l'agriculture ainsi que l'agro-industrie. Le choix n'est pas arbitraire. Ces secteurs combinent des avantages comparatifs structurels sud-africains avec des rendements actuellement bridés, non par l'absence de demande, mais par des lacunes de politique publique et de mise en œuvre. C'est précisément le type de risque qu'un partenariat public-privé peut absorber et corriger. La sélection a également tenu compte de la capacité de ces secteurs à employer des travailleurs moins qualifiés, notamment des jeunes, dans des économies rurales comme urbaines.
Le troisième ensemble est celui qui en dit le plus long sur l'état réel du pays. La criminalité et la corruption restent un axe de travail dédié. S'y ajoutent désormais la gouvernance des collectivités locales, avec une attention spécifique à Johannesburg, l'emploi des jeunes, et la construction d'un récit national de croissance fondé sur des données probantes. La logique est explicite : aucune réforme sectorielle ne suffit si l'environnement institutionnel reste défaillant. Les rendements corrigés du risque ne deviennent attractifs que lorsque la crédibilité des institutions et la sécurité publique progressent de manière tangible.
Adrian Gore, président de Business Leadership South Africa et co-coordinateur du Partenariat, a formulé l'argument commercial sans détour. "Nous disposons de capacités de classe mondiale, d'avantages naturels profonds et de secteurs au potentiel immense encore inexploité", a-t-il déclaré, ajoutant que la troisième phase "a été méticuleusement conçue pour libérer ce potentiel grâce à des interventions ciblées dans les domaines où l'Afrique du Sud peut concourir et gagner à l'échelle mondiale." Gore a également posé le seuil de 3 % de croissance comme condition nécessaire à une création d'emplois nette à grande échelle. Le président Cyril Ramaphosa, de son côté, a caractérisé l'évolution du Partenariat comme le passage d'une plateforme de gestion de crises multiples à une plateforme orientée vers la croissance et la prospérité partagée.
L'emploi des jeunes traverse l'ensemble du dispositif à deux niveaux simultanément : comme axe autonome, et comme priorité transversale intégrée à chaque domaine focal. Ce choix structurel envoie un signal clair aux marchés du travail et aux investisseurs à vocation sociale : l'inclusion n'est pas un ajout cosmétique, elle est inscrite dans la mécanique de la croissance elle-même.
Par ailleurs, la gouvernance est organisée pour maintenir la pression sur l'exécution. Des ministres, hauts fonctionnaires, directeurs généraux et équipes de mise en œuvre sont mobilisés autour de priorités claires et d'objectifs mesurables, avec mandat d'identifier et de lever rapidement les obstacles. Les plans de livraison détaillés et les indicateurs de performance par axe seront publiés au quatrième trimestre 2026. L'avancement figurera à l'ordre du jour permanent des réunions trimestrielles avec le Président. Le Partenariat s'engage en outre à rendre compte publiquement aussi bien des réussites que des manquements.
Le bilan de la période 2023-2026 a apparemment été jugé suffisant pour justifier cet élargissement. Les deux parties ont accepté de hausser la mise. Ce qui reste ouvert, c'est la question que le document ne peut pas trancher : si les réformes institutionnelles du troisième axe n'arrivent pas assez vite, la confiance des investisseurs risque de s'éroder avant que les chiffres de croissance aient eu le temps de se matérialiser. Quatre ans, dans un environnement aussi complexe, c'est à la fois long et très court.