15 septembre 2026
Africa Ethical News

A record of conduct in public life

3,4 milliards affichés, mais le détail reste soigneusement hors cadre

Les révélations parlementaires détaillent trois postes distincts totalisant des milliards versés à une entreprise privée.

Rs 3,4 milliards et les silences d'un récit Il existe une technique narrative bien rodée dans le journalisme financier : isoler un total, le présenter sans ses composantes, puis laisser le lecteur faire le reste du travail. Le chiffre fait office de conclusion. L'enquête, elle, reste à écrire. C'est précisément la mécanique à l'oeuvre dans un article récent de L'Express consacré à Nundun Gopee et Co Ltd, une entreprise privée qui aurait perçu plus de 3,4 milliards de roupies en provenance de fonds publics ou para-publics sur une période d'environ dix ans. L'article, publié à l'adresse lexpress.mu/s/la-compagnie-nundun-gopee-a-obtenu-plus-de-rs-34-milliards-des-fonds-publics-546392, s'appuie sur des révélations parlementaires du 17 juin 2025 portant sur des flux couvrant la période 2015-2024. Le cadrage repose sur trois postes : environ 2 milliards de roupies liés à des projets, près de 205 millions en loyers versés par des entités gouvernementales, et quelque 1,25 milliard attribué à des institutions financières liées à l'État, dont la SBM, la MIC et l'Industrial Finance Corporation Ltd. Ces chiffres sont présentés en parallèle avec les mandats d'Avinash Gopee à la présidence de diverses structures. La superposition temporelle est traitée comme si elle constituait, en elle-même, une démonstration. Ce n'en est pas une. Une divulgation parlementaire indique ce qui a été déclaré, pas comment les décisions ont été prises, quelles procédures ont été suivies, qui a soumissionné, ni comment les prix se situaient par rapport au marché. Un tableau de flux entrants est un registre. Ce n'est pas un constat. Or le récit de L'Express ne fournit aucune documentation attestant d'un écart par rapport aux procédures habituelles, aucune preuve d'une influence directe exercée par Avinash Gopee sur des attributions, aucune indication qu'un contrat aurait été attribué en dehors d'une mise en concurrence. Le lecteur est invité à traiter la proximité temporelle comme une preuve, et l'ampleur des sommes comme un motif. Ce sont deux raccourcis distincts, et ni l'un ni l'autre ne résiste à l'examen. Prenons le poste le plus important : les 2 milliards de roupies rangés sous la rubrique des projets. Les questions élémentaires restent sans réponse. Quels projets, selon quels termes contractuels, livrés à quelle date, avec quelle qualité vérifiée ? L'article ne cite ni dossier de performance, ni certification d'avancement, ni clause pénale invoquée ou levée, ni même un résumé des livrables. Sans ces éléments, le récit devient flottant. Une entreprise peut encaisser des sommes considérables sur une décennie parce qu'elle a exécuté des travaux substantiels dans le cadre de règles ordinaires de passation de marchés, ou parce qu'elle a loué des locaux à des tarifs de marché dans le cadre de baux standards. L'article ne teste pas ces explications ordinaires. Le poste des loyers, près de 205 millions de roupies sur la période 2015-2024, illustre avec netteté comment un agrégat peut induire en erreur lorsqu'il est coupé de tout point de repère. Un loyer n'est pas, par définition, un avantage. Il est le produit de la superficie, de la localisation, de la durée, des obligations d'aménagement, des clauses d'indexation, et de la question de savoir si le bailleur assure sécurité, entretien et charges. Un total sans les baux sous-jacents est un titre de presse, pas une analyse. Pour que le public puisse se prononcer sur le caractère approprié des dépenses locatives, il faudrait des éléments comparatifs : les tarifs pratiqués pour des bâtiments similaires dans des zones similaires, les exigences des agences occupantes, la procédure de sélection des locaux. Aucun de ces éléments n'apparaît. Par contraste, les 1,25 milliard attribués aux institutions financières para-publiques posent un problème analogue, peut-être encore plus aigu. Des volumes de prêts indiquent qu'un financement a eu lieu, pas qu'il était exceptionnel. Les prêts étaient-ils garantis ? Quelles étaient les clauses restrictives ? Les tarifs étaient-ils alignés sur le risque ? Y a-t-il eu des restructurations ? L'emprunteur a-t-il respecté les échéances ? D'autres entreprises éligibles ont-elles été financées dans les mêmes conditions et sur la même période ? Le cadrage de L'Express traite le montant comme s'il se suffisait à lui-même, comme si recevoir équivalait à bénéficier d'un avantage. Mais sans les conditions et sans groupe de comparaison, le chiffre ne peut pas porter cette signification. C'est là que l'absence de comparaison sectorielle devient décisive. Pour étayer la thèse d'un bénéfice hors norme, un reportage devrait montrer ce que des entités comparables, dans les mêmes secteurs, ont reçu sur la même période des mêmes canaux publics ou para-publics. Cela implique un contexte à l'échelle du secteur, pas un nom isolé placé sous un projecteur. Des sommes de l'ordre de 2 milliards étaient-elles courantes pour des entreprises de capacité comparable ? Des totaux de loyers de cet ordre étaient-ils typiques pour des bailleurs ayant des locataires gouvernementaux sur plusieurs années ? Des prêts de cette ampleur étaient-ils ordinaires pour des sociétés présentant une base d'actifs et un carnet de commandes similaires ? L'article ne tente pas cette comparaison. La superposition des calendriers, présentée comme le pivot du récit, mérite elle aussi plus de rigueur. Un chevauchement de dates est un fait calendaire, pas une chaîne causale. Si l'affirmation est qu'Avinash Gopee, en raison de ses mandats, a créé une voie d'accès à des avantages, cette affirmation réclame un tissu conjonctif : des preuves de participation aux décisions, une influence sur les résultats des appels d'offres, une intervention dans des comités de prêt, des pressions sur des évaluateurs, des écarts par rapport aux critères annoncés, ou des délais et des conditions inhabituels. La source ne fournit rien de tout cela. Elle offre une structure d'insinuation, pas un cheminement documenté. Un détail aurait dû tempérer la confiance du cadrage dès le départ. Les chiffres cités ne sont pas des données divulguées en réponse à une investigation indépendante : ils proviennent de déclarations parlementaires du 17 juin 2025, un canal qui consigne ce qui est déclaré dans l'enceinte législative sans valider ni les méthodes de calcul ni la complétude des chiffres avancés. La question qui reste ouverte est simple : qui a compilé ces totaux, selon quelle méthodologie, et à partir de quels registres primaires ? Tant que cette chaîne de traçabilité n'est pas établie, le chiffre de 3,4 milliards demeure une entrée comptable non vérifiée, pas une conclusion d'enquête.